Utilisée par des millions de personnes pour lutter contre les troubles du sommeil, la mélatonine est souvent perçue comme un complément naturel sans danger. Pourtant, une étude américaine présentée fin 2025 suggère qu’une utilisation prolongée pourrait être associée à un risque accru d’insuffisance cardiaque chez certains patients. Ces résultats, encore préliminaires, invitent toutefois à la prudence dans l’interprétation des données.
Une étude menée sur plus de 130 000 patients insomniaques
Les travaux ont été présentés lors du congrès de l’American Heart Association (AHA) à La Nouvelle-Orléans. Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de 130 828 adultes souffrant d’insomnie chronique. L’équipe dirigée par le Dr Ekenedilichukwu Nnadi, du centre hospitalier SUNY Downstate à Brooklyn, a comparé deux groupes de patients suivis pendant cinq ans : ceux prenant de la mélatonine depuis au moins un an et ceux n’en consommant pas. Pour limiter les biais, les scientifiques ont apparié les participants selon une quarantaine de critères, notamment l’âge, le sexe, la tension artérielle, les antécédents cardiovasculaires et les traitements médicaux. Leur analyse montre que les utilisateurs réguliers de mélatonine présentaient un risque plus élevé de développer une insuffisance cardiaque.
Les chercheurs insistent toutefois sur un point essentiel : l’étude établit une association statistique, mais ne démontre pas que la mélatonine provoque directement ces problèmes cardiaques. Les résultats reposent sur une étude observationnelle et n’ont pas encore été publiés dans une revue scientifique à comité de lecture. Plusieurs facteurs pourraient expliquer en partie ces observations. L’insomnie chronique elle-même est déjà associée à un risque cardiovasculaire plus élevé. D’autres éléments comme l’anxiété, la dépression ou la prise d’autres médicaments pourraient également influencer les résultats.
Un complément très utilisé en France
La mélatonine est aujourd’hui l’un des compléments alimentaires les plus populaires pour favoriser l’endormissement. En France, plus d’un million de boîtes sont vendues chaque année, selon des données reprises par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). À faible dose — généralement moins de 2 mg par jour — ces produits peuvent être achetés librement en pharmacie ou sur internet, sans prescription médicale. Les personnes âgées y ont particulièrement recours. Avec l’âge, la production naturelle de mélatonine diminue, ce qui pousse certains à utiliser ces compléments sur de longues périodes pour améliorer leur sommeil.
Plusieurs analyses scientifiques montrent que la mélatonine peut réduire légèrement le temps nécessaire pour s’endormir, en particulier chez les personnes de plus de 55 ans. En revanche, son impact sur la qualité globale du sommeil ou sur les réveils nocturnes reste limité selon certaines études. L’Inserm souligne ainsi que l’efficacité du complément est réelle mais modérée, ce qui interroge sur son usage prolongé chez certains patients.
Les autorités sanitaires appellent déjà à la prudence
Dès 2018, l’Anses recommandait d’éviter une utilisation prolongée sans avis médical. L’agence conseillait notamment de réserver la mélatonine à un usage ponctuel et de rester vigilant chez certaines populations, notamment les personnes âgées ou celles souffrant de maladies chroniques. Les chercheurs à l’origine de l’étude américaine estiment que leurs résultats doivent être confirmés par des travaux supplémentaires, notamment des essais cliniques plus approfondis. En attendant, ce signal rappelle qu’un produit présenté comme naturel ou vendu sans ordonnance n’est pas forcément totalement dépourvu de risques lorsqu’il est utilisé sur de longues périodes.
