Vous l’avez peut-être lu dans un guide, entendu au téléphone ou vu dans une publicité : « à partir du 1er janvier 2027, un thermostat sera obligatoire dans tous les logements ». À deux mois de l’échéance, beaucoup de propriétaires s’inquiètent. Pourtant, pour la grande majorité d’entre eux, cette date n’est plus d’actualité : un décret publié fin 2025 a repoussé l’obligation de trois ans pour les logements existants. Voici ce qui est réellement obligatoire, pour qui, avec quel appareil, et pourquoi s’équiper reste malgré tout une bonne idée cet hiver.
Le chauffage représente la plus grosse part de la facture d’énergie d’un logement. C’est pour cette raison que l’État a décidé, en 2023, d’imposer progressivement des systèmes capables de piloter la température pièce par pièce. Mais entre les annonces initiales, le report et les arguments commerciaux, les informations contradictoires se multiplient. Mettons les choses au clair.
Ce que prévoyait le décret de 2023
Tout part du décret n° 2023-444 du 7 juin 2023. Il impose d’équiper les bâtiments d’un « système de régulation automatique de la température de chauffage par pièce, selon un pas minimum horaire ». Concrètement, le chauffage doit pouvoir être programmé, avec des températures différentes selon les pièces et selon les heures de la journée.
Dans sa version initiale, ce texte fixait une échéance unique : le 1er janvier 2027, pour tous les bâtiments, résidentiels comme tertiaires, neufs comme existants. C’est cette date qui circule encore largement aujourd’hui.
Rappelons au passage que, depuis 2018, l’installation d’un thermostat est déjà obligatoire lors de la mise en place d’une chaudière neuve.
Ce qui a changé : l'échéance repoussée à 2030
Un décret du 26 décembre 2025 a modifié ce calendrier. Désormais :
- pour les logements neufs, l’échéance du 1er janvier 2027 est maintenue ;
- pour les logements existants, l’obligation est reportée au 1er janvier 2030.
Autrement dit, si vous vivez dans une maison ou un appartement déjà construit, vous avez un peu plus de trois ans devant vous. Le report vise à laisser plus de temps aux ménages et aux professionnels pour s’équiper.
Un point à garder en tête : ce calendrier a déjà changé une fois. Il n’est pas exclu qu’il évolue encore, dans un sens ou dans l’autre. Mieux vaut ne pas attendre la dernière minute.
Qui doit payer ?
L’obligation pèse sur le propriétaire, qu’il occupe lui-même son logement ou qu’il le mette en location. Un locataire n’a donc pas à financer l’installation d’un système de régulation exigé par la réglementation.
En copropriété avec chauffage collectif, la question relève du syndicat des copropriétaires et des équipements de l’immeuble, comme les robinets thermostatiques sur les radiateurs.
Pour l’instant, aucune sanction n’est clairement définie en cas d’absence de thermostat.
Quel appareil suffit vraiment ?
C’est la deuxième idée reçue à corriger : le décret n’impose pas de thermostat connecté. Un thermostat programmable classique, sans application ni connexion internet, suffit à respecter la réglementation, dès lors qu’il permet de programmer différentes plages horaires (jour, nuit, absence).
Selon votre installation, plusieurs solutions sont possibles :
- avec un chauffage central (chaudière, pompe à chaleur), un thermostat programmable combiné à des têtes thermostatiques sur les radiateurs permet de réguler pièce par pièce ;
- avec des radiateurs électriques, chaque pièce ou zone doit pouvoir être programmée : beaucoup de radiateurs récents intègrent déjà cette fonction, sinon un boîtier de programmation ou un thermostat par pièce fait l’affaire ;
- les thermostats connectés offrent un confort supplémentaire, comme le pilotage à distance ou l’apprentissage de vos habitudes, mais ce n’est pas une obligation.
Avant d’acheter, vérifiez donc ce que votre installation sait déjà faire : vous êtes peut-être déjà en règle sans le savoir.
Les aides : ce qui existe encore
Le « Coup de pouce pilotage connecté du chauffage pièce par pièce », l’aide dédiée annoncée avec le décret, a été supprimée le 22 novembre 2024. Si un vendeur vous la présente comme toujours disponible, méfiez-vous.
Des aides restent néanmoins possibles via les certificats d’économies d’énergie (CEE), versées par les fournisseurs d’énergie et certaines enseignes sous forme de « prime énergie ». Leur montant est variable selon les offres : comparez avant de signer, et vérifiez toujours que la prime est bien demandée avant l’installation, condition souvent exigée.
Pourquoi l'installer quand même cet hiver
Même sans obligation immédiate, s’équiper reste un bon calcul. Selon l’ADEME, un thermostat programmable permet jusqu’à 15 % d’économies sur le chauffage. Le principe est simple : ne chauffer que lorsque c’est utile, à la bonne température, dans les bonnes pièces.
Quelques repères pour bien programmer :
- environ 19 °C dans les pièces de vie quand vous êtes présent ;
- 16 à 17 °C dans les chambres la nuit ;
- une température abaissée pendant les absences de la journée, et un mode hors-gel si vous partez plusieurs jours ;
- un démarrage anticipé le matin, pour retrouver un logement tempéré au réveil sans chauffer toute la nuit.
Pour en tirer le meilleur parti, associez-le aux autres gestes de saison : purger ses radiateurs, calfeutrer les courants d’air, entretenir sa VMC. Un thermostat ne fait pas de miracles dans un logement qui fuit de partout, mais il démultiplie l’effet des autres économies.
Attention aux démarchages qui jouent sur la peur
C’est l’effet pervers de ce type d’échéance : elle constitue un argument commercial idéal. Méfiez-vous des appels, courriels ou visites qui invoquent une obligation « dès janvier 2027 » pour vous pousser à signer rapidement, souvent pour un équipement surdimensionné ou à un prix excessif.
Quelques réflexes simples : ne signez jamais sous la pression, demandez plusieurs devis, vérifiez les qualifications de l’installateur, et souvenez-vous que, pour un logement existant, vous avez jusqu’en 2030. Si vous êtes harcelé par téléphone, l’inscription gratuite sur la liste d’opposition Bloctel permet de limiter le démarchage.
