Vous préparez la voiture pour l’hiver : liquide de refroidissement, lave-glace antigel, un bidon rangé au fond du garage, quelques gouttes sur le sol. Pour un chien ou un chat, c’est un piège mortel. L’antigel a un goût sucré qui attire les animaux, et il suffit d’à peine plus d’une cuillère à café pour tuer un chat. Pire : après les premiers signes, l’animal semble souvent aller mieux, alors que ses reins sont en train de lâcher. Voici ce qu’il faut savoir, et les gestes qui sauvent.
C’est l’une des intoxications les plus redoutées des vétérinaires, et elle revient chaque automne avec les préparatifs de l’hiver. Elle est d’autant plus dangereuse qu’elle passe facilement inaperçue : une flaque sous une voiture, un bidon mal fermé, un fond de seau après une vidange. Quelques gestes simples suffisent pourtant à écarter le risque. Encore faut-il savoir qu’il existe.
Pourquoi les animaux en boivent
Le principal composant de la plupart des antigels est l’éthylène glycol. C’est un liquide sirupeux, au goût sucré, qui attire naturellement les animaux. Contrairement à la plupart des produits ménagers, qui repoussent par leur odeur ou leur amertume, celui-ci se boit volontiers.
Les chiens sont les plus souvent intoxiqués, car ils sont plus attirés par le sucré et peuvent en laper de grandes quantités. Les chats, eux, sont moins souvent concernés, mais beaucoup plus sensibles au produit : une très petite quantité leur est fatale. Un chat qui marche dans une flaque peut même s’intoxiquer en se léchant ensuite les pattes.
L’éthylène glycol ne se trouve pas seulement dans le liquide de refroidissement. On peut aussi le rencontrer dans certains liquides lave-glace antigel, dans des circuits de chauffage ou de refroidissement, et parfois dans des produits de dégivrage.
Quelques millilitres suffisent
C’est le chiffre qui fait prendre conscience du danger. Pour un chat, la dose mortelle d’éthylène glycol pur est d’environ 1,5 ml par kilo. Concrètement, pour un chat de 5 kg, l’ingestion de 7 ml est mortelle — à peine plus d’une cuillère à café.
Pour un chien, les sources vétérinaires situent la dose mortelle autour de 4 à 6 ml par kilo. Pour un chien de 20 kg, cela représente moins d’un verre, une quantité qu’un chien attiré par le goût sucré peut avaler en quelques secondes.
Autre caractéristique redoutable : l’éthylène glycol est absorbé très rapidement, en moins de trente minutes, et les vomissements spontanés n’en éliminent qu’une petite partie.
Le piège : la fausse accalmie
Si cette intoxication est si dangereuse, c’est aussi parce qu’elle trompe les propriétaires. Elle évolue en plusieurs temps.
Dans les premières heures, les premiers signes apparaissent généralement entre 30 minutes et 3 heures après l’ingestion : l’animal semble ivre, titube, vomit, paraît abattu ou désorienté. Ce n’est pas un hasard : l’éthylène glycol appartient à la famille des alcools.
Puis, environ 12 heures après, l’animal peut sembler aller mieux. Les symptômes s’atténuent, et beaucoup de propriétaires pensent que le danger est passé. C’est précisément l’inverse : pendant ce temps, l’organisme transforme l’éthylène glycol en dérivés acides qui attaquent les reins.
Enfin, l’insuffisance rénale s’installe, en 12 à 24 heures chez le chat et en 36 à 72 heures chez le chien. L’animal boit et urine beaucoup, puis plus du tout, se déshydrate, refuse de manger. À ce stade, les lésions sont souvent irréversibles.
Retenez donc ceci : un animal qui semble aller mieux après avoir été « ivre » n’est pas tiré d’affaire.
Le délai qui fait la différence
Avec l’antigel, tout se joue sur la rapidité. Idéalement, le traitement doit intervenir avant 3 heures chez le chat et avant 8 heures chez le chien. Passé ce délai, les chances de survie chutent fortement.
Le vétérinaire dispose de traitements efficaces s’ils sont donnés à temps : il peut faire vomir l’animal si l’ingestion est très récente, administrer un antidote qui bloque la transformation du produit dans l’organisme, et mettre l’animal sous perfusion. Une hospitalisation de plusieurs jours est souvent nécessaire.
D’où la règle d’or : si vous soupçonnez que votre animal a bu de l’antigel, n’attendez pas les symptômes. Partez immédiatement chez votre vétérinaire, ou aux urgences vétérinaires s’il est fermé.
Les erreurs à ne jamais commettre
Attendre de voir. C’est l’erreur la plus fréquente, et la plus grave. Les premiers signes peuvent être discrets, puis s’atténuer : chaque heure perdue réduit les chances de survie.
Donner de l’alcool à l’animal. Vous lirez peut-être que l’éthanol fait partie du traitement. C’est vrai, mais il est administré par perfusion, à dose contrôlée et sous surveillance vétérinaire. Donné à la maison, il ne soignerait rien et ajouterait une intoxication.
Le faire vomir avec du sel. Comme nous l’expliquions à propos des marrons et des champignons, le sel est lui-même très toxique pour les animaux. Et faire vomir n’a d’intérêt que dans les toutes premières heures, si le vétérinaire le juge utile.
Donner du lait ou de l’huile. Ces remèdes de grand-mère n’ont aucun effet sur l’éthylène glycol et retardent la prise en charge.
Le bon réflexe : appeler votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire (CNITV ou CAPAE-Ouest), et partir en emportant le bidon ou l’étiquette du produit, qui permettra d’identifier la substance.
Les gestes qui protègent votre animal
La bonne nouvelle, c’est que cette intoxication est presque entièrement évitable.
Rangez les bidons en hauteur, bien fermés, dans un placard ou sur une étagère inaccessible. Ne laissez jamais un bidon ouvert sur le sol du garage, même quelques minutes.
Nettoyez immédiatement toute flaque ou coulure, au sol comme sur la carrosserie, puis rincez abondamment à l’eau. Après une vidange ou un appoint, ne laissez pas traîner seaux, bacs ou entonnoirs.
Surveillez les fuites : une tache colorée et sirupeuse sous la voiture, souvent verte, bleue ou rose, peut signaler une fuite du circuit de refroidissement. Faites réparer rapidement.
Éloignez les animaux pendant l’entretien de la voiture, et ne les laissez pas boire dans les flaques, au garage comme sur les parkings et dans la rue, où des fuites d’autres véhicules sont fréquentes en hiver.
Choisissez des produits moins dangereux : il existe des antigels à base de propylène glycol, réputés nettement moins toxiques que l’éthylène glycol. Vérifiez la composition sur l’étiquette au moment de l’achat.
Jetez les restes correctement : les fonds de bidons et liquides usagés se déposent en déchetterie, jamais dans l’évier ni dans le jardin.
