La haie est taillée, les feuilles sont ramassées, et il reste ce gros tas de branchages au fond du jardin. Le réflexe de nos grands-parents revient : une allumette, et le problème part en fumée. Sauf que ce petit feu est interdit, qu’il peut coûter jusqu’à 450 € d’amende, et qu’il pollue bien plus qu’on ne l’imagine : autant qu’une voiture diesel sur des milliers de kilomètres. Voici ce que dit la loi, et surtout comment se débarrasser gratuitement de ses déchets verts.
L’automne est la saison des grands nettoyages au jardin : taille des haies, élagage, feuilles mortes, dernières tontes. Résultat, les déchets verts s’accumulent, et la tentation du feu est grande, surtout à la campagne. Selon l’ADEME, environ 15 % des personnes ayant un jardin brûlent encore leurs végétaux à l’air libre, ce qui représente près d’un million de tonnes de déchets verts brûlés chaque année en France. Beaucoup le font en toute bonne foi, sans savoir que c’est interdit.
Ce que dit la loi : c'est interdit, partout et toute l'année
Les déchets verts du jardin (branches, feuilles, tontes, tailles de haie, résidus de débroussaillage) sont considérés comme des déchets ménagers. À ce titre, leur brûlage à l’air libre est interdit par l’article 84 du règlement sanitaire départemental type, repris dans chaque département. Une circulaire du 18 novembre 2011 a rappelé cette interdiction, et la loi anti-gaspillage de 2020 l’a confortée.
L’interdiction vaut pour tous les particuliers, en ville comme à la campagne, et quelle que soit la saison. Elle concerne aussi les végétaux secs comme humides. Et un point souvent ignoré : l’incinérateur de jardin, ce fût métallique qui se vend parfois comme une solution « propre », ne change rien. Brûler ses déchets verts dans un incinérateur est tout aussi interdit qu’un feu à même le sol.
Jusqu'à 450 € d'amende
Le non-respect de cette interdiction est une contravention de 3e classe, passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 450 €, selon le service public et les préfectures.
La sanction peut être bien plus lourde si le feu dégénère. En cas de départ d’incendie, de dégâts chez un voisin ou de victimes, votre responsabilité civile, et éventuellement pénale, est engagée. Après l’été très sec que nous avons connu, la végétation reste inflammable dans de nombreuses régions, et un feu de jardin mal surveillé peut vite échapper à tout contrôle.
À noter enfin : se débarrasser de ses déchets verts en les déposant dans un fossé, en forêt ou au bord d’un chemin n’est pas une alternative. Le dépôt sauvage est sanctionné encore plus sévèrement, avec une amende pouvant atteindre 1 500 € selon les cas.
Ce petit feu pollue (beaucoup) plus qu'une voiture
C’est le chiffre qui surprend tout le monde. Selon l’ADEME et le ministère de la Transition écologique, brûler 50 kg de végétaux à l’air libre émet autant de particules fines qu’une voiture diesel récente parcourant 13 000 km. Autrement dit, un seul tas de branches du week-end équivaut à plus d’une année de conduite.
Pourquoi autant ? Parce que les végétaux, surtout humides, brûlent mal. La combustion incomplète dégage des particules fines, mais aussi des hydrocarbures et d’autres composés toxiques. Selon la préfecture du Var, le brûlage des déchets végétaux serait responsable de 5 à 10 % des émissions de particules fines en France.
Ces particules pénètrent profondément dans les poumons. Elles aggravent l’asthme et les maladies respiratoires et cardiovasculaires, et les premières personnes exposées sont souvent celles qui entretiennent le feu… et leurs voisins.
Existe-t-il des exceptions ?
Pour les particuliers, les dérogations sont rares et encadrées. Certaines préfectures peuvent autoriser le brûlage dans des cas précis : par exemple pour les résidus d’obligations légales de débroussaillement dans les zones exposées aux incendies, ou dans des communes dépourvues de collecte et de déchetterie. Ces autorisations sont fixées par arrêté, avec des conditions strictes de période, d’horaire, de distance et parfois de déclaration préalable en mairie.
Mais la tendance va dans l’autre sens. Dans le Var, par exemple, un arrêté préfectoral entré en vigueur en novembre 2025 interdit le brûlage des déchets verts toute l’année dans tout le département, et étend même l’interdiction aux résidus de débroussaillement dans les zones urbanisées.
Le bon réflexe : ne partez jamais du principe que c’est autorisé chez vous. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou sur le site de votre préfecture avant d’allumer quoi que ce soit.
Les solutions pour s'en débarrasser (souvent gratuites)
La bonne nouvelle, c’est que les déchets verts sont une ressource, et que les alternatives au feu sont nombreuses.
Le paillage. Feuilles mortes, tontes séchées et branches broyées font un excellent paillis au pied des massifs, des haies et du potager. Il limite les arrosages, freine les mauvaises herbes et nourrit le sol, comme nous l’expliquions dans notre article sur les feuilles mortes.
Le compost. Les déchets verts, mêlés aux épluchures, se transforment en quelques mois en terreau. Beaucoup de communes distribuent des composteurs gratuitement ou à prix réduit.
Le broyage. C’est la solution reine pour les branches et les tailles de haie : un broyeur réduit un gros tas en quelques sacs de broyat, prêt à pailler. On peut en louer un à la journée, et de nombreuses collectivités en prêtent ou subventionnent leur achat, voire organisent des opérations de broyage collectif. Pensez simplement à respecter les horaires de bricolage de votre commune : un broyeur est aussi bruyant qu’une tronçonneuse.
La déchetterie. Elle accepte gratuitement les déchets verts des particuliers dans la plupart des communes. Certaines collectivités proposent aussi une collecte à domicile, sur inscription.
Le tas « refuge ». Un petit tas de branches et de feuilles laissé dans un coin tranquille offre un abri aux hérissons et aux insectes utiles pour l’hiver. Raison de plus pour ne jamais brûler un tas resté plusieurs jours en place : un animal peut s’y être installé.
Votre voisin brûle ses déchets : que faire ?
La fumée qui envahit votre jardin ou votre maison n’est pas seulement désagréable : elle peut aussi constituer un trouble anormal de voisinage.
Commencez par en parler calmement : beaucoup ignorent simplement l’interdiction. Si cela se répète, signalez-le à la mairie, puisque c’est le maire qui est chargé de faire respecter le règlement sanitaire départemental. En cas de danger immédiat, comme un feu qui menace de se propager, appelez les pompiers au 18 ou au 112. Et comme pour les autres conflits de voisinage, le conciliateur de justice, gratuit, reste une étape utile avant toute action en justice.
