Depuis le 20 septembre, la chasse est ouverte dans la quasi-totalité des départements, et avec elle revient la même inquiétude chez les propriétaires de chiens : peut-on encore se balader en forêt ? La réponse est oui. Mais un chien qui s’éloigne de plus de 100 mètres devient légalement un chien « en divagation », et un animal qui surgit d’un sous-bois peut être confondu avec du gibier. Voici ce que dit vraiment la loi, ce que révèlent les chiffres officiels, et les réflexes qui permettent de profiter de l’automne sereinement.
L’automne est la plus belle saison pour marcher avec son chien : températures douces, couleurs flamboyantes, odeurs de sous-bois. C’est aussi la période où les coups de fusil résonnent dans les campagnes le week-end. Entre les rumeurs, les panneaux « chasse en cours » et les inquiétudes légitimes, il est difficile de savoir ce qui est réellement risqué et ce qui ne l’est pas. On fait le point, sans alarmisme.
Le calendrier : ce qui a changé ce mois-ci
Depuis le dimanche 20 septembre 2026, la chasse est ouverte dans la quasi-totalité des départements de France métropolitaine. Elle se poursuivra, selon les espèces et les départements, jusqu’à la fin de l’hiver.
Les dates, les jours et les modes de chasse autorisés sont fixés à l’échelle départementale, par arrêté préfectoral. Il n’existe pas de règle nationale unique, ce qui explique les différences d’une région à l’autre. Pour connaître la situation près de chez vous, le bon réflexe est de se renseigner en mairie ou auprès de la fédération départementale des chasseurs, notamment pour les battues au grand gibier, souvent organisées le week-end.
Les chiffres officiels : un risque réel, mais faible
Avant de parler précautions, mettons les choses en perspective avec les données de l’Office français de la biodiversité (OFB), qui publie chaque année le bilan des accidents de chasse.
Pour la saison 2025-2026, l’OFB a recensé 92 accidents corporels, un chiffre en baisse de 49 % depuis 2006. Les accidents mortels sont au plus bas jamais enregistré : 4 décès, tous des chasseurs. Pour la quatrième saison consécutive, aucun non-chasseur n’a été tué.
Le risque n’est pas nul pour autant : 10 personnes étrangères à la chasse — promeneurs, riverains, agriculteurs — ont été blessées, et 122 incidents matériels ont été relevés. Parmi les principales catégories d’incidents figurent d’ailleurs les animaux domestiques touchés, aux côtés des habitations et des véhicules. Et les battues au grand gibier concentrent à elles seules environ les deux tiers des accidents.
En clair : se promener en forêt pendant la saison de chasse reste une activité sûre dans l’immense majorité des cas, mais la vigilance est de mise, en particulier près des battues. Et c’est souvent le chien, plus imprévisible que son maître, qui crée la situation à risque.
Le piège des 100 mètres : quand votre chien devient « en divagation »
Voici la règle que beaucoup de propriétaires ignorent. Selon l’article L211-23 du Code rural, un chien est considéré en état de divagation dès qu’il n’est plus sous la surveillance effective de son maître, qu’il se trouve hors de portée de voix, ou qu’il est éloigné de lui de plus de 100 mètres.
Autrement dit, votre chien peut être parfaitement gentil et revenir « toujours » : s’il part à 150 mètres suivre une piste, il est légalement en divagation. Ironie du texte : le chien de chasse en pleine action est exempté de cette notion. Le vôtre, non.
Les conséquences sont concrètes. Un chien en divagation peut être capturé et placé en fourrière, avec des frais à la charge du propriétaire. Surtout, en cas d’accident, votre responsabilité peut être recherchée : dans une affaire jugée à Alès, l’assureur d’une société de chasse a par exemple soutenu que les chiens d’une promeneuse, non tenus en laisse, avaient pu débusquer un sanglier. L’argument n’a pas été retenu par le tribunal, mais il montre que la question se pose.
La laisse est-elle obligatoire en forêt ?
Contrairement à une idée répandue, aucune loi nationale n’impose la laisse en forêt en automne. L’obligation de tenir son chien en laisse en dehors des allées forestières ne s’applique que du 15 avril au 30 juin, période de reproduction de la faune sauvage. Cette règle découle d’un arrêté de 1955, rappelé par le Conseil d’État en 2025.
Le reste de l’année, ce sont donc les règles de divagation qui s’appliquent. Certaines communes ou certains massifs peuvent toutefois imposer localement la laisse par arrêté : vérifiez les panneaux à l’entrée des forêts.
Mais légal ne veut pas dire prudent. En zone chassée, la laisse ou une longe de plusieurs mètres reste le choix le plus sûr. Un chien qui surgit brusquement d’un fourré peut être confondu avec du gibier par un chasseur posté. Et un chien libre qui croise un sanglier débusqué par une battue court lui-même un vrai danger : charges, blessures, ou fuite paniquée vers une route.
Les réflexes qui changent tout
Soyez visibles, vous et votre chien. Aucun texte n’oblige le promeneur à porter un vêtement fluorescent : cette obligation vise les participants aux chasses collectives au grand gibier. Pourtant, une couleur vive reste la meilleure protection. Un gilet orange ou jaune pour vous, et un harnais, un collier ou une chasuble fluo pour votre chien : ces équipements se trouvent facilement en animalerie pour quelques euros. Évitez les couleurs qui se confondent avec le décor, comme le marron, le beige ou le blanc (qui évoque la queue d’un chevreuil).
Faites-vous entendre. Une clochette accrochée au collier signale la présence de votre chien à tout le monde, y compris à vous-même lorsqu’il s’éloigne. Parler normalement pendant la promenade suffit aussi à indiquer votre présence.
Respectez les panneaux « chasse en cours ». Ils signalent une battue à proximité. Même lorsqu’ils ne constituent pas une interdiction d’accès stricte, le plus sage est de faire demi-tour ou de choisir un autre itinéraire.
Restez sur les chemins. Les tirs sont orientés vers les zones de passage du gibier, pas vers les sentiers balisés. Couper à travers bois augmente le risque de vous retrouver dans une ligne de tir.
Choisissez vos horaires. Privilégiez les promenades en plein jour et par temps clair. Le brouillard et la pénombre réduisent la visibilité pour tout le monde. Et si vous le pouvez, décalez vos grandes balades en forêt vers les jours où les battues sont moins fréquentes près de chez vous.
Travaillez le rappel. Un chien qui revient immédiatement quand on l’appelle reste le meilleur gage de sécurité, en toute saison. Si le rappel n’est pas encore fiable, la longe s’impose.
Si vous croisez des chasseurs
Pas de panique. Signalez clairement votre présence, de la voix et d’un geste, et gardez votre chien près de vous. N’hésitez pas à demander aux chasseurs où se déroule l’action de chasse pour l’éviter : c’est dans l’intérêt de tous.
Si un incident survient — chien blessé, tir trop proche, comportement dangereux —, notez le lieu, l’heure et tout élément permettant d’identifier les personnes, et contactez la gendarmerie ou l’OFB. Pour votre chien, direction le vétérinaire sans attendre, même si la blessure semble superficielle.
Un débat qui revient chaque automne
La cohabitation entre chasseurs et autres usagers de la nature fait régulièrement débat, entre partisans d’une interdiction de la chasse le week-end ou le dimanche et défenseurs d’une activité encadrée et en recul sur le plan des accidents. Ce débat de société n’appartient pas à cet article. Pour les propriétaires de chiens, l’enjeu est plus simple : connaître les règles et adopter les bons réflexes, quelle que soit son opinion sur la chasse.
