Quand le thermomètre descend et que le givre recouvre les pelouses, le jardin devient un endroit difficile pour les petits oiseaux. Mésanges, rouges-gorges, moineaux, pinsons ou merles doivent alors trouver chaque jour assez d’énergie pour tenir face au froid. Une mésange bleue, qui pèse à peine une dizaine de grammes, peut perdre une part importante de ses réserves en une seule nuit glaciale. Pour elle, chaque graine trouvée le lendemain matin compte.
C’est pour cette raison que de plus en plus de Français installent une mangeoire au fond de leur jardin ou sur leur balcon. Le geste est généreux et il offre en plus un vrai spectacle : observer les allées et venues des oiseaux depuis sa fenêtre est un plaisir simple, apaisant, que les enfants adorent. Mais nourrir les oiseaux ne s’improvise pas. Une mauvaise nourriture, une mangeoire mal placée ou mal entretenue, et le coup de pouce peut se transformer en piège. Voici tout ce qu’il faut savoir pour aider vraiment les oiseaux cet hiver, sans commettre les erreurs les plus courantes.
Quand et comment commencer à nourrir les oiseaux
La première question à se poser est celle du calendrier. Les spécialistes, comme la Ligue pour la protection des oiseaux, recommandent de nourrir les oiseaux pendant la période de froid, en gros de la mi-novembre à la fin mars. C’est le moment où la nature offre le moins de ressources : les insectes se font rares, les baies ont été consommées et le sol gelé empêche de dénicher vers et larves.
Nourrir toute l’année n’est pas une bonne idée. Au printemps et en été, les oiseaux trouvent largement de quoi s’alimenter, et surtout, ils nourrissent leurs petits avec des insectes riches en protéines. Des graines ou de la graisse distribuées à cette période peuvent déséquilibrer l’alimentation des oisillons et rendre les adultes trop dépendants.
Autre règle essentielle : la régularité. Une fois que vous avez commencé, il faut continuer sans interruption jusqu’à la fin de l’hiver. Les oiseaux prennent vite leurs habitudes et intègrent votre mangeoire dans leur tournée quotidienne. Si elle reste soudainement vide pendant une vague de froid, ils auront dépensé une énergie précieuse pour rien. Si vous partez quelques jours, demandez à un voisin de prendre le relais. Et à la fin de la saison, réduisez les quantités progressivement plutôt que d’arrêter du jour au lendemain.
Le meilleur moment pour remplir la mangeoire est le matin, quand les oiseaux ont besoin de reconstituer leurs réserves après la nuit, et éventuellement en fin d’après-midi, avant qu’ils ne se mettent à l’abri pour dormir.
Enfin, pensez à l’emplacement. Une mangeoire doit être installée en hauteur, à au moins un mètre cinquante du sol, dans un endroit dégagé mais pas trop loin d’un arbre ou d’une haie où les oiseaux pourront se réfugier en cas de danger. Évitez la proximité immédiate d’un buisson dense où un chat pourrait se cacher pour leur tendre une embuscade, et éloignez-la des grandes baies vitrées, contre lesquelles les oiseaux risquent de se heurter.
Les bons aliments à proposer (et ceux à bannir absolument)
C’est sans doute le point sur lequel on se trompe le plus souvent. Beaucoup de gens pensent bien faire en donnant les restes de la cuisine, mais une grande partie de ce que nous mangeons est inadaptée, voire dangereuse, pour les oiseaux.
Côté bonne nourriture, la star incontestée est la graine de tournesol noire. Riche en matières grasses, avec une coque fine, elle plaît à presque toutes les espèces, des mésanges aux verdiers en passant par les sittelles. Les mélanges de graines de qualité, composés de millet, d’avoine, de blé concassé et de tournesol, conviennent aux moineaux, aux pinsons et aux tourterelles. Les cacahuètes non salées et non grillées sont aussi très appréciées, à condition de les servir dans un distributeur grillagé pour que les oiseaux ne puissent pas avaler une cacahuète entière, ce qui peut étouffer un oisillon en fin de saison.
Les boules et pains de graisse sont précieux par grand froid, car ils apportent beaucoup d’énergie. Préférez-les sans filet plastique, ou retirez celui-ci avant de les suspendre : les oiseaux peuvent s’y prendre les pattes et se blesser gravement. Vous pouvez aussi les fabriquer vous-même avec de la graisse végétale non salée fondue, mélangée à des graines, et coulée dans une demi-noix de coco ou un petit pot.
N’oubliez pas les oiseaux qui se nourrissent au sol, comme le merle, la grive ou le rouge-gorge. Ils apprécient les pommes et les poires un peu abîmées coupées en morceaux, les raisins secs préalablement trempés dans l’eau, ou encore les flocons d’avoine.
Côté aliments interdits, la liste est importante. Le pain, même émietté, est à proscrire : il gonfle dans l’estomac, apporte peu de nutriments et peut provoquer des troubles digestifs. Le lait est également dangereux, car les oiseaux ne digèrent pas le lactose. Tout ce qui est salé, comme les chips, les cacahuètes apéritif, le lard ou la charcuterie, est toxique pour leur organisme. Il faut aussi éviter les restes de plats cuisinés, les aliments épicés, le chocolat, l’avocat, ainsi que la graisse de cuisson qui a servi à frire.
Et un oubli très fréquent : l’eau. En hiver, les points d’eau gèlent et les oiseaux ont du mal à boire et à se baigner, alors que l’entretien de leur plumage est vital pour rester au chaud. Une simple coupelle peu profonde, avec de l’eau changée chaque jour, leur rendra un immense service. Surtout, n’y ajoutez jamais de sel ni d’antigel pour empêcher le gel : remplacez simplement l’eau gelée par de l’eau tiède.
Hygiène et sécurité : les erreurs qui peuvent coûter cher aux oiseaux
C’est l’aspect le plus méconnu, et pourtant l’un des plus importants. En rassemblant de nombreux oiseaux au même endroit, une mangeoire peut devenir un foyer de maladies. Des infections comme la salmonellose ou la trichomonose, qui a fortement touché les populations de verdiers en Europe, se transmettent facilement par les fientes et la nourriture souillée.
Pour éviter cela, nettoyez votre mangeoire régulièrement, idéalement une fois par semaine en période d’utilisation intense. Videz les restes, frottez avec de l’eau chaude et un peu de savon noir ou de vinaigre blanc, rincez soigneusement et laissez sécher avant de remplir à nouveau. Pensez aussi à ramasser régulièrement les graines tombées au sol et les coques, qui pourrissent et attirent les rongeurs. Portez des gants pendant le nettoyage et lavez-vous les mains ensuite.
Ne remplissez pas la mangeoire à ras bord pour une semaine entière. Mieux vaut de petites quantités renouvelées souvent : la nourriture reste fraîche, ne moisit pas sous la pluie et vous évitez le gaspillage. Si vous remarquez des graines humides, agglomérées ou qui sentent le moisi, jetez-les immédiatement.
Si vous observez des oiseaux malades, gonflés, apathiques, qui restent longtemps immobiles à la mangeoire ou ont du mal à avaler, la meilleure chose à faire est de retirer la mangeoire et les points d’eau pendant deux à trois semaines, le temps que les oiseaux se dispersent. Nettoyez tout le matériel en profondeur avant de le réinstaller.
La sécurité passe aussi par la protection contre les prédateurs. Le chat domestique est l’un des principaux dangers pour les petits oiseaux du jardin. Si vous avez un chat, placez la mangeoire hors de sa portée et privilégiez un modèle suspendu à une branche fine ou installé sur un poteau lisse. Une clochette au collier peut aussi alerter les oiseaux de son arrivée.
Enfin, multipliez les points de nourrissage si votre jardin accueille beaucoup d’oiseaux. Plusieurs petites mangeoires espacées limitent les bagarres, la concentration des fientes et donc la propagation des maladies, tout en permettant aux espèces plus timides de se nourrir tranquillement.
Nourrir les oiseaux du jardin en hiver est un geste simple qui peut faire une vraie différence pour leur survie, à condition de respecter quelques règles de bon sens. Commencez quand le froid s’installe et restez régulier jusqu’à la fin de l’hiver. Proposez des graines de tournesol, des mélanges de qualité, de la graisse sans filet et un peu de fruit, mais bannissez le pain, le lait et tout ce qui est salé. Offrez de l’eau fraîche chaque jour, nettoyez la mangeoire souvent et placez-la à l’abri des chats. En retour, votre jardin s’animera de couleurs et de chants même au cœur des journées les plus grises.
Et pour aller plus loin, pourquoi ne pas aussi penser à l’après-hiver ? Planter une haie d’arbustes à baies, laisser un coin de jardin un peu sauvage ou installer un nichoir sont d’excellents moyens d’accueillir les oiseaux toute l’année.
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